En 2021, le groupe de travail sur les conditions météorologiques du Comité International Olympique (CIO) a publié dans le British Journal of Sports Medicine ses recommandations pour la gestion préhospitalière du coup de chaleur d'effort lors des compétitions sportives. Ce document de référence, co-signé par des experts du monde entier dont le Dr Sébastien Racinais d'ASPETAR Qatar et le Dr Douglas Casa du Korey Stringer Institute, établit les standards que tout médecin d'événement sportif devrait connaître et appliquer.
Pourquoi le cadre international existe
La question de la chaleur lors des grandes compétitions n'est pas nouvelle. Mais deux événements ont accéléré la structuration des protocoles internationaux : les Championnats du Monde d'Athlétisme de Doha en 2019, organisés dans des conditions de chaleur et d'humidité extrêmes, et les Jeux Olympiques de Tokyo 2020.
Le Dr Sébastien Racinais, directeur de la recherche et du support scientifique à l'ASPETAR Orthopaedic and Sports Medicine Hospital de Doha, a joué un rôle central dans les deux. Dans un éditorial publié dans Frontiers in Sports en 2019, Racinais et Girard posaient le cadre : le coup de chaleur est "the second highest cause of death in sport after cardiac conditions" — la deuxième cause de décès dans le sport après les pathologies cardiaques.
Les recommandations CIO 2021 : ce qui est exigé des organisateurs
La publication de Hosokawa, Racinais, Akama, Casa et al. dans le British Journal of Sports Medicine (2021) définit les standards pour les fédérations affiliées au CIO.
1. Détection précoce sur parcours Les commissaires, secouristes de parcours et bénévoles doivent être formés à reconnaître les signes d'alerte : confusion, désorientation, instabilité de la marche. Tout athlète qui s'effondre pendant ou après la compétition est un CCE présomptif.
2. Température rectale comme standard diagnostique Le groupe d'experts est explicite : la température rectale est la seule méthode fiable sur le terrain. Les thermomètres auriculaires et frontaux ne doivent pas être utilisés pour confirmer ou infirmer le diagnostic de CCE.
3. Immersion immédiate en eau froide Le traitement de référence reste l'immersion corps entier en eau froide. La capacité d'immersion doit être présente sur site — pas en attente dans un véhicule à distance.
4. "Cool first, transport second" L'évacuation vers l'hôpital ne doit pas interrompre ou retarder le refroidissement en cours. Le SMUR est appelé en parallèle de l'initiation du refroidissement.
Ce que l'expérience de Doha 2019 a appris
Les Championnats du Monde de Doha 2019 ont été un test grandeur nature : 32°C et 73% d'humidité relative à 23h30 du soir, des conditions que le WBGT classait en zone rouge. Les équipes médicales de World Athletics et d'ASPETAR avaient déployé des dispositifs de refroidissement pré-positionnés sur les parcours et en zone d'arrivée.
Le bilan : aucun décès, des cas de CCE gérés rapidement sur place avec récupération complète. Ce résultat n'est pas dû à la chance — c'est le produit d'une planification médicale rigoureuse et d'un équipement adéquat pré-positionné.
Un angle souvent négligé : les femmes et l'immersion en eau froide
Une étude publiée en 2022 dans Frontiers in Physiology par Hutchins, Minett et Stewart (Queensland University of Technology) soulève un point important : la recherche fondatrice sur l'efficacité de l'immersion en eau froide dans le CCE a été conduite presque exclusivement sur des sujets masculins. Les recommandations actuelles sont donc appliquées aux femmes sans validation spécifique.
En pratique, le protocole reste le même — l'immersion reste le meilleur traitement disponible. Mais les médecins d'événements doivent être attentifs au suivi des paramètres pendant l'immersion chez les athlètes féminines.
Ce que les directeurs médicaux d'événements doivent avoir en place pour 2026
Équipement :
- Baignoire de refroidissement par immersion au poste médical principal et aux points critiques du parcours
- Thermomètre rectal dans chaque kit de secours
- Approvisionnement en glace confirmé avant le jour J
Personnel :
- Tous les bénévoles médicaux briefés sur le protocole CCE et le "cool first, transport second"
- Coordinateur du refroidissement désigné avec autorité pour initier l'immersion sans attendre validation médicale
Protocole :
- Procédure CCE écrite, distribuée et répétée avant la course
- Arbre de décision pour les modifications d'épreuve selon les conditions WBGT
- Coordination établie avec les hôpitaux récepteurs avant la compétition
Sources
- Hosokawa Y, Racinais S, Akama T, Casa DJ, et al., Prehospital management of exertional heat stroke at sports competitions: IOC Adverse Weather Impact Expert Working Group, British Journal of Sports Medicine, 2021 — pmc.ncbi.nlm.nih.gov
- Racinais S, Girard O, Editorial: Hurdling the Challenges of the 2019 IAAF World Championships, Frontiers in Sports, 2019 — ncbi.nlm.nih.gov
- Hutchins KP, Minett GM, Stewart IB, Treating exertional heat stroke: Limited understanding of the female response to cold water immersion, Frontiers in Physiology, 2022 — ncbi.nlm.nih.gov
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