Le 27 mai 2026, un couvreur de 19 ans mourait d'hyperthermie sur un chantier de toiture dans la Drôme par 31 °C à l'ombre. Le 30 juin 2025, un homme de 35 ans décédait sur un chantier en Île-de-France dans les mêmes circonstances. En 2025, neuf accidents du travail mortels liés à la chaleur ont été notifiés à Santé publique France — dont six dans la construction et l'agriculture. En 2024, sept. En 2022, sept. En 2020, douze. Ce n'est pas une anomalie statistique. C'est une tendance structurelle, alimentée par le changement climatique et un sous-équipement chronique des chantiers et des sites industriels en matière de gestion de l'urgence thermique. Ce guide est à destination des responsables EHS, directeurs de travaux, médecins du travail et préventeurs qui veulent aller au-delà des affiches de sensibilisation.
1. Comprendre ce qu'est réellement un coup de chaleur d'effort
Il existe deux grandes formes de coup de chaleur, et la confusion entre elles peut coûter des vies dans un contexte EHS.
Le coup de chaleur classique touche principalement les personnes sédentaires exposées passivement à la chaleur ambiante (personnes âgées, nourrissons, personnes sous traitement). C'est le registre de la canicule estivale et de la mortalité urbaine.
Le coup de chaleur d'effort (en anglais Exertional Heat Stroke, EHS) touche une personne en activité physique intense. Il peut survenir même sans vigilance météorologique orange ou rouge — une vigilance jaune, couplée à un effort prolongé sur une surface réverbérante (toit, macadam, plateforme métallique), suffit à créer les conditions d'une urgence vitale. C'est le registre des accidents du travail dans le BTP, le TP, l'agriculture et l'industrie.
La distinction est médicalement importante : dans le coup de chaleur d'effort, la sudation est souvent encore présente au moment de l'effondrement, ce qui peut tromper les témoins. L'absence de sudation n'est donc pas un critère requis pour suspecter un coup de chaleur d'effort.
Le seuil de diagnostic clinique est une température centrale supérieure à 40 °C, associée à des signes neurologiques : confusion, désorientation, perte de coordination, discours incohérent, ou perte de connaissance. C'est la définition retenue par l'ACSM dans son Expert Consensus Statement 2023 et par les protocoles EMS américains publiés par le NCBI.
2. La physiologie en 5 étapes : pourquoi 30 minutes changent tout
Comprendre la mécanique de l'hyperthermie est indispensable pour saisir pourquoi la rapidité d'intervention n'est pas une recommandation mais une exigence biologique.
Étape 1 — Accumulation thermique (T° centrale 37 à 39 °C). L'effort musculaire génère de la chaleur. La thermorégulation (sudation, vasodilatation périphérique) est encore efficace. Les signes sont non spécifiques : fatigue, transpiration abondante, légère confusion.
Étape 2 — Stress thermique (39 à 40 °C). La capacité de thermorégulation commence à être débordée. Nausées, céphalées, vertiges. C'est la fenêtre d'alerte : l'intervention à ce stade est encore simple et efficace (ombre, hydratation, refroidissement actif).
Étape 3 — Coup de chaleur constitué (> 40 °C). La thermorégulation est en échec. La cascade de lésions organiques commence : dénaturation enzymatique, atteinte de la barrière intestinale (translocation bactérienne), activation de la coagulation. Les signes neurologiques apparaissent. C'est l'urgence vitale.
Étape 4 — Lésions organiques irréversibles (> 41 à 42 °C, > 20-30 min). Rhabdomyolyse (destruction musculaire), défaillance hépatique aiguë, coagulopathie intravasculaire disséminée (CIVD), insuffisance rénale aiguë, lésions neurologiques permanentes. Le taux de mortalité augmente de façon exponentielle à ce stade.
Étape 5 — Défaillance multiviscérale. Sans refroidissement rapide, la progression vers la défaillance multiviscérale est inéluctable. C'est à ce stade que parviennent aux urgences les patients dont le refroidissement n'a pas été initié sur place.
La fenêtre thérapeutique des 30 minutes — temps maximal pour ramener la température centrale sous 40 °C — est le consensus international (ACSM 2023, IOC/BJSM 2021, Korey Stringer Institute). Au-delà, la probabilité de séquelles permanentes augmente drastiquement, même si le patient survit.
3. Les secteurs et situations à risque : qui est exposé dans un contexte EHS
L'INRS recense 3 558 100 salariés exposés au travail extérieur selon l'enquête Sumer 2017. Mais la chaleur n'est pas un risque exclusivement extérieur.
Secteurs à risque élevé (extérieur, effort physique intense) :
- BTP — couverture, maçonnerie, terrassement, voirie
- Travaux publics et génie civil
- Agriculture et sylviculture
- Logistique et livraison (chauffeurs-livreurs, manutentionnaires)
- Espaces verts et entretien extérieur
Secteurs à risque élevé (intérieur, ambiance chaude) :
- Fonderies, aciéries, hauts fourneaux
- Verreries, céramiques
- Cuisines professionnelles et restauration collective
- Blanchisseries et teintureries
- Boulangeries industrielles
L'INRS souligne que la température de l'air seule ne suffit pas à évaluer le risque. D'autres facteurs s'additionnent : humidité relative (qui réduit l'efficacité de la sudation), rayonnement solaire ou infrarouge, absence de déplacement d'air, tenue de travail (EPI imperméables ou réfléchissants), et charge physique de travail.
Facteurs individuels aggravants à intégrer dans l'évaluation des risques :
- Absence d'acclimatation (les 10-14 premiers jours de forte chaleur ou de reprise après 2 semaines d'absence sont les plus dangereux)
- Travailleurs de moins de 25 ans (système de thermorégulation moins mature, souvent en situation de sous-déclaration des symptômes)
- Travailleurs de plus de 55 ans
- Pathologies chroniques (diabète, insuffisance cardiaque, insuffisance rénale)
- Traitements médicamenteux (diurétiques, antihistaminiques, antipsychotiques, bêtabloquants)
- Obésité
- Grossesse
L'OPPBTP signale spécifiquement la vulnérabilité des jeunes recrues : l'acclimatation à la chaleur prend 10 à 14 jours, et un travailleur débutant sur un chantier en période de forte chaleur est exposé à un risque significativement plus élevé que ses collègues expérimentés. C'est précisément le profil de Daniel, 19 ans, décédé le 27 mai 2026.
4. Le cadre réglementaire français : ce que dit le Décret 2025-482
Le Décret n° 2025-482 du 27 mai 2025, entré en vigueur le 1er juillet 2025, crée un nouveau chapitre dans le Code du travail intitulé « Prévention des risques liés aux épisodes de chaleur intense ». Il s'applique à tous les employeurs, secteur privé et public.
Le dispositif est adossé aux seuils de vigilance météorologique de Météo-France :
| Niveau de vigilance | Qualification réglementaire | Obligations déclenchées |
|---|---|---|
| Jaune | Épisode de chaleur intense | Évaluation des risques, mesures de prévention de base |
| Orange | Période de canicule | Obligations renforcées, indemnisation des arrêts BTP |
| Rouge | Canicule exceptionnelle | Mesures maximales, surveillance renforcée |
Obligations concrètes de l'employeur (tous secteurs) :
- Évaluer les risques liés à l'exposition à la chaleur et les intégrer dans le Document Unique d'Évaluation des Risques Professionnels (DUERP)
- Maintenir les locaux fermés à une température adaptée à l'activité
- Mettre à disposition de l'eau potable fraîche à proximité des postes de travail — minimum 3 litres par jour et par travailleur en l'absence d'eau courante sur le chantier
- Adapter l'organisation du travail (aménagement d'horaires, rotation des équipes, pauses régulières)
- Informer et former les travailleurs sur les risques et les signes d'alerte
- Prendre en compte les situations individuelles aggravantes
Obligations spécifiques au BTP :
L'OPPBTP précise que la canicule a été ajoutée à la liste des intempéries permettant le chômage technique indemnisé par un décret du 28 juin 2024. Cela signifie que lorsque la vigilance est orange ou rouge, les entreprises du BTP peuvent arrêter le chantier et indemniser leurs salariés sans perte de rémunération nette.
Le Code du travail (articles L.4131-1 à L.4131-4) prévoit par ailleurs le droit de retrait pour tout travailleur qui estime se trouver dans une situation de danger grave et imminent. Ce droit s'applique strictement, et l'employeur ne peut pas sanctionner un salarié qui l'exerce de bonne foi.
Ce que le Décret 2025-482 ne règle pas : il porte exclusivement sur la prévention. Il ne définit aucun protocole de prise en charge d'un coup de chaleur constitué. C'est le gap opérationnel le plus important pour les responsables EHS.
Pour aller plus loin sur la réglementation : INRS — Travail à la chaleur, réglementation et CFDT — Analyse du Décret 2025-482.
5. Le plan de prévention canicule : structure opérationnelle pour un responsable EHS
Un plan de prévention canicule efficace se structure en trois niveaux : anticipation, surveillance active, et gestion de l'urgence. Les deux premiers sont largement documentés. Le troisième est systématiquement sous-traité dans les guides sectoriels.
5.1 Niveau 1 — Anticipation (à faire avant la saison)
Cartographie des postes exposés
Identifier tous les postes exposés à la chaleur (extérieure et intérieure), en croisant : localisation géographique du site ou du chantier, nature de l'activité (charge physique, durée d'exposition), tenue de travail réglementaire, et facteurs environnementaux spécifiques (surfaces réverbérantes, absence d'ombre, ambiances humides).
L'INRS met à disposition des outils d'évaluation incluant des grilles d'analyse des ambiances thermiques et des indices d'astreinte thermique.
Identification des travailleurs vulnérables
En coordination avec le médecin du travail, identifier les salariés présentant des facteurs de risque individuels (voir section 3). Cette information doit être intégrée dans le plan sans nécessairement être nominative au niveau des équipes.
Rétroplanning de déclenchement
Définir à l'avance les actions déclenchées selon le niveau de vigilance Météo-France. L'OPPBTP propose un rétroplanning publié en partenariat avec le ministère du Travail. Ce rétroplanning doit être connu de tous les chefs d'équipe avant le début de la saison chaude.
Formation des encadrants
Les chefs d'équipe et chefs de chantier doivent être formés à : reconnaître les signes précoces d'hyperthermie chez leurs collègues, initier les premiers gestes de refroidissement, appeler le 15 et communiquer les informations critiques (température ambiante, nature de l'activité, durée d'exposition, signes présentés).
5.2 Niveau 2 — Surveillance active (pendant les épisodes de chaleur)
Mesures organisationnelles
- Débuter le travail à 6h ou 7h et arrêter à 14h ou 15h lors des vigilances orange/rouge
- Imposer des pauses d'au moins 15 minutes à l'ombre toutes les heures lors de travaux physiques intenses par forte chaleur
- Mettre en place un système de binôme : le coup de chaleur peut affecter la capacité de jugement et d'auto-évaluation — un collègue qui surveille est souvent le seul à détecter les signes précoces
- Interdire l'alcool sur le site pendant les épisodes de chaleur (l'alcool accélère la déshydratation et altère la perception de l'inconfort thermique)
- Faciliter l'acclimatation progressive des nouveaux arrivants et des travailleurs reprenant après une absence de plus de 2 semaines
Mesures techniques
- Ombrières, bâches ou tentes pour les zones de repos
- Brumisateurs ou ventilateurs dans les locaux fermés exposés
- EPI adaptés : vêtements clairs et respirants, chapeaux à bord large, lunettes de protection UV
- Thermomètre sur le chantier pour mesurer la température réelle des surfaces de travail
Hydratation
L'INRS recommande une hydratation régulière sans attendre la sensation de soif — 250 ml toutes les 20-30 minutes lors d'un effort physique intense en ambiance chaude. L'eau fraîche doit être accessible à moins de 5 minutes de marche depuis tout poste de travail.
5.3 Niveau 3 — Gestion de l'urgence thermique
C'est le niveau le moins documenté dans les plans de prévention standard, et pourtant le plus déterminant pour le pronostic vital.
Reconnaître un coup de chaleur d'effort
Les signes qui doivent déclencher l'alerte immédiate :
- Confusion, désorientation, réponses inadaptées aux questions simples
- Propos incohérents ou comportement inhabituel
- Nausées ou vomissements associés à un effort physique
- Trébuchements, perte de coordination
- Perte de connaissance
À noter : dans le coup de chaleur d'effort, la personne peut encore transpirer. Ne pas attendre l'arrêt de la sudation pour agir.
Les 5 gestes immédiats
-
Appeler le 15 immédiatement en précisant : suspicion de coup de chaleur d'effort, localisation GPS exacte du chantier, température ambiante estimée, durée d'exposition à la chaleur, signes présentés.
-
Mettre à l'ombre et allonger la personne (jambes légèrement surélevées si conscience conservée).
-
Initier le refroidissement actif immédiatement. Ne pas attendre les secours. Chaque minute sans refroidissement augmente les dommages organiques.
-
Continuer le refroidissement jusqu'à l'arrivée des secours — et ne pas transporter le patient avant d'avoir initié un refroidissement efficace (principe Cool First, Transport Second).
-
Ne pas laisser seul. Surveiller la conscience et la respiration. Position latérale de sécurité si inconscience.
Les méthodes de refroidissement et leur efficacité comparée
Le choix de la méthode de refroidissement est la décision la plus importante que prendra un encadrant de chantier lors d'une urgence thermique.
| Méthode | Vitesse de refroidissement | Disponibilité sur chantier | Évaluation |
|---|---|---|---|
| Immersion corps entier (eau froide + glace) | 0,35 °C/min | Nécessite équipement dédié | Référence internationale |
| Immersion partielle (membres, torse) | 0,20 °C/min | Baquet, bac de chantier | Acceptable si immersion complète impossible |
| Draps mouillés froids + ventilation active | 0,03 à 0,06 °C/min | Disponible partout | Insuffisant seul pour respecter la fenêtre des 30 min |
| Packs de glace (aisselles, aines, nuque) | 0,03 °C/min | Disponible si glacière sur site | Insuffisant seul, complément utile |
| Brumisation + ventilateur | 0,02 à 0,05 °C/min | Disponible si équipement présent | Insuffisant seul |
Source : Casa DJ et al., Exercise and Sport Sciences Reviews, 2007 ; ACSM Expert Consensus Statement 2023.
L'immersion en eau froide est dix fois plus rapide que les méthodes alternatives. C'est la raison pour laquelle le Korey Stringer Institute (KSI, UConn) enregistre un taux de survie de 100 % sur 401 cas traités par immersion immédiate, contre des taux de mortalité de 15 à 25 % rapportés par l'INRS pour les cas de coup de chaleur non traités correctement.
Le problème structurel des chantiers et sites industriels
Sur un chantier extérieur en zone semi-rurale, le SAMU peut mettre 20 à 40 minutes après l'appel pour arriver. Sur un site industriel isolé, les délais sont similaires. Sans équipement de refroidissement par immersion sur place, la fenêtre des 30 minutes est systématiquement dépassée avant même l'arrivée des premiers secours.
C'est ce constat qui a conduit au développement d'équipements portables de refroidissement d'urgence. Kollder est une baignoire de refroidissement d'urgence déployable en moins de 30 secondes par une seule personne, sur tout terrain. Elle permet d'initier une immersion complète immédiatement, sans attendre les secours, tout en laissant le patient entièrement accessible pour le monitoring, la ventilation et la communication. Pour les responsables EHS qui cherchent à combler le gap entre la prévention et la gestion de l'urgence thermique, plus d'informations sur kollder.com/#contact.
6. Intégration dans le Document Unique (DUERP)
Le coup de chaleur d'effort doit figurer explicitement dans le DUERP, avec une évaluation du risque croisée selon les postes de travail. Le Décret 2025-482 rend cette évaluation obligatoire pour tous les employeurs.
Contenu recommandé de la fiche de risque :
- Description du danger : hyperthermie d'effort, urgence vitale
- Postes et situations concernés : travail extérieur par forte chaleur, travail en ambiance thermique chaude
- Facteurs aggravants identifiés sur le site : exposition au rayonnement solaire, absence d'ombre, tâches physiques intenses, EPI contraignants
- Populations vulnérables identifiées : nouveaux arrivants, travailleurs en reprise, profils médicaux à risque
- Mesures préventives mises en place (niveau 1 et 2 du plan canicule)
- Procédure d'urgence : protocole de prise en charge, équipements disponibles sur site, localisation GPS communiquée au 15
Déclencheur de révision du DUERP : après tout incident thermique sur le site, après chaque modification du plan de prévention, et a minima annuellement avant le début de la saison chaude.
7. Ce que la réglementation internationale dit
La France n'est pas seule à renforcer son cadre réglementaire sur ce sujet.
Aux États-Unis, l'OSHA a publié le 30 août 2024 une Notice of Proposed Rulemaking pour un standard fédéral sur la prévention des accidents liés à la chaleur (Federal Register, août 2024), applicable à tous les secteurs. Ce texte proposerait notamment de déclencher les obligations de l'employeur dès 27 °C (80°F) en indice de chaleur ressenti, avec un second palier à 35 °C (95°F). Environ 36 millions de travailleurs américains seraient concernés.
Le NIOSH (National Institute for Occupational Safety and Health) publie un standard de référence pour l'exposition professionnelle à la chaleur, avec des recommandations sur les cycles travail/repos en fonction de la charge physique et de la valeur WBGT (Wet Bulb Globe Temperature).
La Commission européenne intègre la chaleur comme risque professionnel croissant dans ses directives santé-sécurité au travail, dans le contexte du Pacte vert et de l'adaptation au changement climatique.
Ces évolutions convergent : la gestion de l'urgence thermique va devenir un critère de conformité réglementaire, au même titre que la présence d'un défibrillateur ou d'une trousse de premiers secours.
8. Les grandes canicules françaises et leurs leçons pour les professionnels de la prévention
Été 2003 : La canicule de référence. Environ 15 000 décès en excès en France, dont une part significative chez les travailleurs exposés. L'événement a conduit à la création du Plan National Canicule (PNC) et du Plan ORSEC-Canicule.
Été 2019 : 10 accidents du travail mortels liés à la chaleur signalés par la DGT, dont 4 dans le BTP.
Été 2020 : 12 accidents du travail mortels liés à la chaleur — le bilan le plus élevé de la décennie à cette date.
Été 2022 : Trois épisodes caniculaires entre juin et août, 33 jours de fortes chaleurs — un record depuis 1947 selon Météo-France. L'OPPBTP note 3 accidents mortels BTP directement liés à la chaleur. Sur le plan sanitaire global, Santé publique France estime à plus de 10 000 le nombre de décès en excès toutes causes confondues pendant l'été. Perte mondiale estimée à 40 milliards d'heures de travail productives liées à la chaleur (Université de Durham, 2021).
Été 2024 : 7 accidents du travail mortels liés à la chaleur signalés à Santé publique France, dont 6 dans la construction, les travaux publics ou l'agriculture. Plus de 17 000 recours aux soins d'urgence pour hyperthermie, déshydratation ou hyponatrémie recensés par les urgences hospitalières pendant la saison chaude.
Été 2025 : 9 accidents du travail mortels liés à la chaleur notifiés — dont 6 dans la construction, le TP et l'agriculture. Le Décret 2025-482 est entré en vigueur le 1er juillet, mais la DGT constate lors de ses inspections que les mesures de prévention restent insuffisamment mises en oeuvre dans les petites et moyennes entreprises.
Été 2026 (en cours) : Premier décès recensé le 27 mai, avant même le début de la saison caniculaire officielle. La Drôme bascule en vigilance jaune canicule dès le jeudi 29 mai. Le ministre du Travail déclare « faire confiance aux entreprises du BTP », mais une enquête judiciaire est ouverte.
La courbe est claire : les épisodes se multiplient, s'intensifient, et se produisent de plus en plus tôt dans la saison. Le GIEC anticipe un doublement de la fréquence des canicules d'ici 2050. Pour un responsable EHS, cela signifie que le plan canicule n'est plus un dispositif saisonnier de quelques semaines, mais une composante permanente du système de management de la sécurité.
9. La checklist EHS pour les responsables opérationnels
À faire avant le 1er juin chaque année :
- [ ] Révision du DUERP avec intégration/mise à jour du risque chaleur
- [ ] Identification des postes exposés et des travailleurs vulnérables (avec le médecin du travail)
- [ ] Validation du rétroplanning de déclenchement par niveau de vigilance
- [ ] Formation des chefs d'équipe aux signes d'alerte et aux premiers gestes
- [ ] Vérification de la disponibilité et de l'état des équipements de refroidissement
- [ ] Communication aux équipes des procédures d'urgence et de la localisation GPS exacte des sites
À faire lors de chaque vigilance jaune :
- [ ] Briefing quotidien sur les mesures en vigueur
- [ ] Vérification de la disponibilité d'eau fraîche sur tous les postes
- [ ] Mise en place du système de surveillance par binôme
- [ ] Adaptation des horaires si nécessaire
À faire lors de chaque vigilance orange ou rouge :
- [ ] Application du plan canicule niveau maximal
- [ ] Évaluation quotidienne de la faisabilité des travaux (possibilité d'arrêt et de recours au chômage intempéries)
- [ ] Vérification que l'équipement de refroidissement d'urgence est accessible et opérationnel
Lors d'un incident thermique :
- [ ] Appel immédiat du 15 avec localisation GPS précise
- [ ] Initiation du refroidissement actif immédiat (immersion si équipement disponible)
- [ ] Application du principe Cool First, Transport Second
- [ ] Déclaration de l'accident du travail dans les 48h
- [ ] Analyse de l'événement et révision du plan de prévention
Pour aller plus loin
- Cool First, Transport Second : le protocole médical complet
- Baignoire de refroidissement d'urgence : guide complet
- Immersion eau froide vs autres méthodes : comparatif chiffré
- Coup de chaleur d'effort : conséquences sur les organes
- Mort d'un ouvrier BTP en canicule : obligations de l'employeur
- Demander un devis Kollder
Sources : INRS — Dossier Travail à la chaleur, inrs.fr/risques/chaleur — Santé publique France, Bulletin chaleur et santé, bilans étés 2022, 2024 et 2025 — OPPBTP, Guide de préconisations "Fortes chaleurs et effets caniculaires sur les chantiers", 2023, oppbtp.com — Décret n° 2025-482 du 27 mai 2025, Légifrance — ACSM Expert Consensus Statement 2023 — Casa DJ et al., Exercise and Sport Sciences Reviews 2007, PubMed 17921784 — IOC, Hosokawa Y, Racinais S et al., BJSM 2021 — Korey Stringer Institute, University of Connecticut, ksi.uconn.edu — OSHA, Notice of Proposed Rulemaking Heat Injury and Illness Prevention, Federal Register août 2024 — Walter EJ & Carraretto M, Critical Care 2016 — SFAR
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