Un coup de chaleur d'effort se joue en quelques minutes, et la prise en charge sur le terrain implique une succession de décisions précises, pas une action unique. Ce guide détaille chaque point de bascule, dans l'ordre où il se présente réellement en intervention, de la reconnaissance des signes jusqu'au transport.
Étape 1 : Reconnaître les signes
Le premier point de décision est de savoir si l'on est face à un coup de chaleur d'effort. Les signes à rechercher chez une personne venant de fournir un effort physique en pleine chaleur :
- Confusion, désorientation, propos incohérents : le signe neurologique central, présent même chez une personne encore consciente
- Démarche instable, ataxie : fréquente chez les coureurs qui titubent avant de s'effondrer
- Peau chaude : la sudation peut être présente ou absente, ce n'est pas un critère fiable pour écarter le diagnostic
- Fréquence cardiaque élevée persistant après l'arrêt de l'effort
- Perte de connaissance, dans les formes les plus sévères
Toute confusion après un effort en pleine chaleur doit être traitée comme un coup de chaleur d'effort jusqu'à preuve du contraire. Il n'est pas nécessaire d'attendre une perte de connaissance pour agir.
Étape 2 : Décider, refroidir avant de transporter
C'est le point de décision le plus déterminant, et celui où les erreurs coûtent le plus cher. Le réflexe naturel est d'appeler les secours et d'attendre leur arrivée. Ce réflexe tue.
Le protocole Cool First, Transport Second, formulé par l'ACSM (2023), l'IOC (Hosokawa Y, Racinais S et al., BJSM 2021) et repris par la SFAR en France, impose l'ordre inverse :
- Débuter l'immersion en eau froide immédiatement, sur place
- Appeler le 15 en parallèle, jamais à la place du refroidissement
- Ne transporter qu'une fois le refroidissement engagé
Le Korey Stringer Institute (Dr Douglas Casa, Université du Connecticut) a suivi plus de 3 000 cas de coup de chaleur d'effort : 100 % de survie lorsque la température centrale redescend sous 40°C dans les 30 minutes suivant l'apparition des symptômes. Chaque minute passée à attendre les secours avant de refroidir consomme cette fenêtre.
Étape 3 : Immerger en eau froide, corps entier
Une fois la décision de refroidir prise, la méthode compte autant que la rapidité de la décision. Casa et al. (Exercise and Sport Sciences Reviews, 2007) ont établi que l'immersion en eau froide corps entier refroidit à une vitesse de 0,20 à 0,35°C par minute, contre 0,03°C par minute pour des poches de glace localisées. C'est la seule méthode suffisamment rapide pour atteindre l'objectif thérapeutique dans la fenêtre de 30 minutes.
Points pratiques à ce stade :
- Immerger le corps le plus complètement possible, cou compris si le matériel le permet
- Garder un accès médical (pose de voie, thermométrie rectale, gestion des voies aériennes) pendant toute l'immersion
- Ne pas remplacer l'immersion par des serviettes humides ou de la brumisation, sauf en absence totale d'autre moyen
Étape 4 : Surveiller et savoir quand arrêter le refroidissement
Arrêter le refroidissement n'est pas une décision arbitraire, c'est un objectif de température. L'immersion doit se poursuivre jusqu'à une température centrale d'environ 38,5°C, mesurée si possible par voie rectale, seule méthode fiable sur le terrain.
Deux erreurs symétriques guettent à ce stade :
- Arrêter trop tôt : la température peut remonter par effet rebond une fois la chaleur redistribuée depuis la périphérie vers le centre du corps
- Arrêter trop tard : une immersion prolongée sans surveillance peut faire chuter la température sous la cible, provoquant une hypothermie de dépassement
Seule une mesure continue de la température permet de trancher. C'est pourquoi l'accès physique au patient pendant toute la durée de l'immersion, pour poser et lire une sonde thermique, est une exigence opérationnelle et pas un détail de confort.
Étape 5 : Réévaluer si la victime devient inconsciente
Une aggravation de l'état de conscience pendant la prise en charge d'un coup de chaleur d'effort ne doit jamais être interprétée par défaut comme une simple évolution du trouble neurologique lié à l'hyperthermie. Dès qu'une victime ne répond plus :
- Vérifier la respiration : est-elle présente, normale, efficace ?
- Vérifier le pouls (carotidien) : est-il présent ?
- Ne poursuivre l'immersion sans réévaluation que si respiration et pouls sont confirmés présents et efficaces
Cette vérification prend quelques secondes et conditionne toute la suite de la prise en charge.
Étape 6 : Débuter la RCP et utiliser un DAE en l'absence de pouls ou de respiration
Si la respiration est absente ou anormale, ou si le pouls n'est pas perçu, il s'agit d'un arrêt cardio-respiratoire, une urgence distincte qui prend le pas sur tout le reste :
- Débuter la réanimation cardio-pulmonaire (compressions thoraciques) sans délai, selon la séquence standard de secourisme
- Poser un défibrillateur automatisé externe (DAE) dès qu'il est disponible et suivre ses instructions
- Ne pas interrompre durablement la réanimation pour poursuivre le refroidissement : les compressions thoraciques et la ventilation priment tant que l'arrêt cardio-respiratoire persiste
- Reprendre ou poursuivre le refroidissement dès que le contexte le permet (reprise d'un pouls, relais par une équipe supplémentaire), sans jamais l'abandonner durablement une fois la victime stabilisée
Cette séquence suit la logique du Dr Douglas Casa, qui compare lui-même l'urgence du protocole de refroidissement à celle d'un défibrillateur face à un arrêt cardiaque : un geste qui doit être automatique, immédiatement disponible, et jamais retardé par l'attente d'un avis extérieur.
Étape 7 : Transporter une fois le refroidissement engagé
Le transport n'est pas la première action, il vient une fois le refroidissement fermement engagé ou la cible thérapeutique atteinte. Pendant le transport, la surveillance ne s'arrête pas : une confusion persistante, des convulsions, ou une absence de retour à un état de conscience normal après refroidissement doivent accélérer la prise en charge hospitalière, car ce sont des signes d'atteinte neurologique plus sévère.
Ce que cela implique pour l'équipement de terrain
Chacune de ces décisions suppose qu'un moyen d'immersion soit disponible immédiatement, sur les lieux mêmes de l'intervention, pas dans un véhicule à distance. La baignoire Kollder se déploie en moins de 2 minutes par un seul opérateur, sans outillage, et son ouverture complète permet de conserver un accès médical total (thermométrie, pose de voie, gestion des voies aériennes) pendant toute la durée de l'immersion, y compris si une réévaluation ou une RCP devient nécessaire. Devis sur kollder.com/#contact.
Pour aller plus loin
- Coup de chaleur d'effort en intervention : quelle décision pour l'officier avant l'arrivée du renfort médical ?
- Combien de temps dure l'immersion en eau froide pour un coup de chaleur d'effort
- Quand appeler le SAMU pour un coup de chaleur d'effort : les signes qui ne trompent pas
- Cool first, transport second : le protocole qui sauve des vies selon le Dr Douglas Casa
- Réanimation et surveillance post-refroidissement du coup de chaleur d'effort
- Solutions Kollder pour le SAMU, le SMUR et les urgences hospitalières
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Sources : ACSM Expert Consensus Statement, 2023, Hosokawa Y, Racinais S et al., IOC/BJSM, 2021, Casa DJ et al., Exercise and Sport Sciences Reviews, 2007, Korey Stringer Institute (Dr Douglas Casa, Université du Connecticut), SFAR.
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